
Soyons précis
Un point sur Robert Anton Wilson
« Dieu se rit des hommes qui
déplorent les effets dont ils chérissent les causes » Bossuet
En lisant récemment un article sur Robert Anton Wilson écrit par un extrémiste chrétien, je me suis remémoré cette phrase de Bossuet.
En effet, en adoptant une posture prosélyte basée uniquement sur ses propres croyances en un seul mode d'accès au Divin et en dénigrant toute autre forme, voire même en stigmatisant ou encore en attribuant des intentions à des personnes ou groupes de personnes qui cherchent sincèrement, on arrive à ce qu'il se passe depuis quelques décennies : un rejet des religions…
Les hommes de Foi ne sont pas forcément des hommes de croyance, loin de là ! Certains ont la Foi sans adhérer à un système et expérimentent le Divin sous un autre angle.
De fait, se baser sur Wikipédia pour « se faire une idée » sans avoir étudié un personnage, ni l'intégralité de ses écrits, c'est se baser sur sa propre croyance pour créer un narratif qui va s'auto-valider par argument d'autorité. Le risque à faire ceci, c'est induire son audience en erreur et par la même occasion se discréditer auprès de ceux qui connaissent le personnage en question, voire qui ont lu ses livres !
Dans le pire des cas, un fervent chrétien qui aurait lu les écrits de Wilson et en aura compris le fond se dira que la personne ayant écrit cet article est un ignorant et finira par s'en éloigner parce qu'il se sentira trahi par son discours malhonnête.
Car faire revenir les gens au christianisme ne passe pas par des discours haineux ou diffamants fondés sur des suppositions, faire revenir les gens au christianisme c'est faire vivre cette religion en lui redonnant son essence mystique et en la faisant évoluer avec son temps afin de s'adapter à l'Homme tout en en gardant ses valeurs humanistes.
Alors, on va remettre les choses dans le droit chemin, pour bien tout comprendre…
Wilson, dans ses écrits, nous exhorte à adopter une attitude d'agnosticisme envers tout, suggérant que nous ne devrions pas « croire » quoi que ce soit. Il y a ici un danger, je pense, à interpréter Wilson comme la promotion d'une sorte de nihilisme apathique, une raison de ne rien faire parce que nous ne pouvons pas connaître la Vérité ultime ou les ramifications de nos actions. Ce que j'entends par-là, c'est que Wilson est un homme d'expérimentation et de doute. On pourrait presque dire qu'il était zététicien avant l'heure et la « croyance » que Wilson dédaignait était quelque chose d'absolument statique, sans place pour le changement ou la reconsidération. Wilson a vu dans ce type de croyances figées les germes de l'antagonisme, de la violence et aussi de la fourberie afin de manipuler l'audience pour la ramener à sa propre cause au lieu de convaincre par l'exemple et la pratique.
Et c'est exactement ce que l'auteur de cet article nous montre, le rejet, une forme d'inquisition moderne où l'on montre l'autre du doigt parce qu'il ne suit pas la même voie que soi !
Robert Anton Wilson a dit : « Je ne crois rien, mais j'ai beaucoup de soupçons. » ou encore « la croyance est la mort de l'intelligence ! ».
Et il a raison, croire sans expérimenter, c'est de la connerie pure et dure…
D'ailleurs, il ne se considérait pas comme un agnostique mais comme un mystique agnostique, ce qui est totalement différent. Dans ses écrits, il rejette Dieu sous la forme que les religions s'en font ainsi que des règles et lois que des élites religieuses font passer aux peuples sous couvert du Divin. De fait, il rejette aussi toutes les formes de prosélytisme et de manipulation psychiques des masses sous couvert de Dieu. Il ne croit pas en Dieu, il tente de l'expérimenter…
C'est pour cela qu'il approche la spiritualité sous un biais séculier afin d'éviter d'être pollué par le dogme.
« [Il y a plusieurs centaines d'années], la science et le mysticisme étaient tous deux fondés sur l'expérience et sur le respect de l'individu. L'idée de la science et du mysticisme était de sortir et de découvrir par soi-même, de découvrir ce qui fonctionne, de découvrir comment l'univers est réellement structuré et comment on se rapporte à la structure de l'univers. Il y avait donc essentiellement deux domaines d'exploration scientifique : l'externe et l'interne. Mais ils poursuivaient tous deux la même méthode, la méthode expérimentale. […] Un rituel est à la science interne ce qu'une expérience est à la science externe.
Le mysticisme compris de cette façon est fondamentalement une branche de la science, une branche des neurosciences, ce que Timothy Leary appelle la « neurologie », par opposition à la neurologie orthodoxe qui consiste à disséquer des animaux, des cadavres ou autre chose. La neurologie consiste à étudier directement le système nerveux en faisant varier les paramètres sur lesquels fonctionne votre système nerveux. »
Et il pousse le vice jusqu'à adhérer à cette religion parodique qu'est le discordianisme, pour se foutre de la gueule des religions figées en se proclamant à la fois Pape et Saint du discordianisme. Il n'y a qu'à lire une des règles du Pentabarf pour comprendre la substance ironique et loufoque de cette pseudo-religion :
« Un discordien est tenu, lors de son illumination précoce, de s'éloigner seul et de manger joyeusement un hot-dog le vendredi ; cette cérémonie dévotionnelle vise à protester contre les paganismes populaires de l'époque : de la chrétienté catholique (pas de viande le vendredi), du judaïsme (pas de viande de porc), des peuples hindous (pas de viande de bœuf), des bouddhistes (pas de viande animale) et des discordiens (pas de hot-dog). »
Penser que le discordianisme est autre chose qu'une blague potache de libertariens pour se foutre des prosélytes et des dogmatiques, c'est donner beaucoup d'importance et d'influence à un mouvement qui trolle les plus extrémistes des religieux.
Ensuite, je lis dans cet article que Wilson était un anti-conspirationniste, ce bel exemple de contre-vérité. Illuminatus ! est souvent décrit comme un roman contre les théories du complot, or il fut aussi l'un des premiers romans à mettre sur les rails des cherchants sincères en leur induisant le doute sur les réelles intentions de l'élite.
Dans les faits, grâce à l'operation mindfuck, Wilson et Shea ont réussi à créer une théorie tellement bien ficelée qu'encore aujourd'hui, il y a des similitudes avec le réel. Donc, l'objectif d'amener les gens au doute et à la recherche était atteint. Sans Illuminatus !, on aurait surement jamais eu la question des illuminés de Bavière qui aurait ressurgit, soit dit en passant !
Et c'est encore plus fort si je cite Wilson sur les complots :
« Tous ceux qui ont déjà travaillé pour une entreprise savent que les entreprises conspirent tout le temps. Les politiciens conspirent tout le temps, les trafiquants de cannabis conspirent pour ne pas se faire prendre par les flics, le monde est plein de conspirations. La conspiration est un comportement naturel des primates. »
Ou encore :
« Plus la police secrète est omniprésente, plus il est probable que les hommes et les femmes intelligents considéreront le gouvernement avec crainte et dégoût. » […] « Le gouvernement, découvrant qu'un nombre croissant de citoyens le considèrent avec crainte et dégoût, va augmenter la taille et les pouvoirs de la police secrète, pour se protéger. »
Alors oui, bien sûr, dans Illuminatus !, ils adoptent une posture de docu-fiction, où il reprend les courriers loufoques des lecteurs de Playboy et y inclue des faits réels mais Robert Anton Wilson dira plus tard que plus ils écrivaient, plus cette théorie leur paraissait vraisemblable.
D'ailleurs, ceux qui ont lu Prometheus Rising savent comment Wilson considère les manipulations des gouvernements ou des religions qu'il compare aux méthodes des sectes.
Il est donc totalement en accord avec une pensée complotiste qui dirait que toutes formes d'élites nous manipulent. La question qui reste la principal dans son œuvre, c'est celle du doute, de l'expérimentation et de l'exemple. Quand il explique comment un corps d'armée manipule le cerveau de ses militaires pour en faire des robots près à tuer avec des exemples à l'appui se basant sur le protocole qu'ils subissent en suivant les circuits de conscience, il n'est pas là pour vous chanter une pseudo théorie à la con sorti d'un mix entre Wikipédia et un cerveau endoctriné, il donne des faits et explique .
Alors, que l'on puisse prendre Wilson pour un prométhéen et un apôtre du transhumanisme, ça je l'accorde ! Je rajouterai qu'il avait une tendance à l'optimisme utopiste ce que lui reprochait d'ailleurs un autre Crowleysien, Israel Regardie, dans son introduction à Prometheus Rising.
Mais encore une fois, il faut aussi regarder les hommes et leur vie avant d'émettre des jugements, un homme qui a eu la poliomyélite enfant, qui en a souffert toute sa vie et finit sa vie en fauteuil dû à un syndrome post-polio, peut parfois rêver d'avoir la possibilité de retrouver une vie normale ou d'allonger la sienne, c'est humain. C'est d'ailleurs ce qui le faisait militer pour la légalisation cannabis thérapeutique, la seule médecine douce qui lui permettait de soulager ses souffrances.
Et puis je suis tombé sur cette partie de l'article et ce fut l'apothéose…
« Sur base initiatique et païenne puisque reprenant dans le fond des principes des doctrines mystico-magiques de l'antiquité polythéiste et finalement comme souvent reliés à la kabbale, ces histoires de circuits de conscience sont plus une dissociation psychique cherchant, comme d'habitude avec les Serpents, à fragmenter la psyché de ses lecteurs sous couvert de les aider à se réaliser et comprendre le monde dans une approche totalement gnostique et illuministe, encourageant à la recherche individuelle et artificielle d'états de conscience modifiés qui quand ils ne viennent pas naturellement ou dans la prière, donc quand ils ne viennent pas de Dieu, sont dangereux et dissociatifs, favorisant comme la pratique magique des masques souvent permanent d'orgueil, qui font rejetter le vrai message de modestie et de miséricorde divine accessible aux "simples d'esprits" et résolument tournés vers l'amour collectif partagé par le Christ, à l'inverse de la kabbale qui n'est qu'une metagnose syncrétique khazar pseudo-juive mais totalement anti-biblique, et un outil de réparation du monde dans sa forme collective qui n'aura fait que le détruire et l'abimer, le complexifier, le kafkaïser, comme toutes les formes de gnose et d'initiations venant des humains finalement. »
Mais d'où ça sort ? Il n'y a pas un poil d'initiation dans Prometheus Rising tout comme dans Quantum Psychology, les seules choses que l'on peut y trouver, ce sont des parallèles avec certaines initiations à titre d'exemple mais sans pratique ésotérique associée. Il n'y a pas non plus de fondement dissociatif dans la description des circuits de conscience, ils sont même orientés de façon à pouvoir comprendre ses propres conditionnements de manière simple sur chaque circuit, rien de complexe, uniquement de la vulgarisation et des petits exercices faciles à mettre en œuvre dans la vie de tous les jours. J'ai traduit Prometheus Rising en français et j'ai écrit un bouquin sur les circuits de conscience donc je sais un peu de quoi je parle…
Concernant la kabbale, dans Prometheus Rising, il n'y a que 3 fois le terme et c'est dans cet extrait :
« L'équivalent mystique occidental est la kabbale, la plus compliquée « plaisanterie juive » jamais inventée. En bref, la kabbale épuise le troisième circuit sémantique en l'occupant à résoudre des problèmes numérologiques et verbaux intraitables. L'équivalent de l'Extrême-Orient est le Kõan Zen, qui sert la même fonction d'une manière moins maniaque systématique que la kabbale, par exemple, « Quel est le son d'une main qui applaudi ? » Les kõans zen sont toujours combinés avec le zazen (Zen assis), qui combine l'asana de compensation du premier circuit avec un comptage de la respiration calmant le second circuit (un pranayama plus faible). ».
La question des drogues n'est abordée que 10 fois et dans tous les cas pour expliquer les effets par rapport aux différents circuits, par exemple, l'alcool sur le circuit territorial et son effet stimulant et agressif, le cannabis sur le circuit de somatique et son effet relaxant, etc. et jamais comme une injonction à consommer :
« Plus particulièrement, le pranayama crée un déclenchement neuro-somatique : l'enrichissement sensoriel, la béatitude, le plaisir perceptuel, et une « montée » de décontraction hédonique. Des effets similaires sont produits par l'isolement volontaire dans un caisson de Lilly, par l'apesanteur (les expériences « mystiques » de l'astronaute sont toutes de cette sorte neuro-somatique) et, pour les judicieux ou chanceux, les drogues à base de Cannabis, comme indiqué ci-dessus. »
Le seul qui a vraiment parlé en détail de l'initiation à la vue des circuits de conscience, c'est pas Wilson, c'est moi (même si je reste persuadé qu'il a suivi la même initiation que la mienne). Parce que oui, j'utilise cette cartographie pour tenter d'expliquer simplement comment une initiation fonctionne sur les personnes. Le serpent : c'est moi ! (pour paraphraser Jean-Luc)
Et si on veut « faire le job correctement » pour reprendre les mots maintes fois prononcés par l'auteur de l'article en question, on trouve Wilson en fin de vie portant un t-shirt de l'Astrum Argenteum et en faisant encore plus de recherche, on voit une photo d'un article où il reçoit le «Adam Weishaupt illuminati awards» à l'O.T.O. en 1989 quelques années après Timothy Leary, d'ailleurs la photo est publié à la page 23 (un nombre que l'on trouve chez les discordiens).
Soyons donc totalement précis, comme ça, ça permet de donner à tout le monde des faits, rien que des faits, pas des théories fumeuses !
Pour aller plus loin, tant qu'on est dans le concret, quand j'ai sorti mon premier livre sur les circuits de conscience : Epignosis, j'ai eu les remerciements de deux amis autistes qui m'ont dit que ça les avait beaucoup aider à comprendre leurs propres façons de penser, on est loin du dissociatif, n'est-ce pas ? Si c'est ça une « metagnose syncrétique khazar pseudo-juive », je suis rabbin…
Pour en finir avec l'article, concernant les « symboles du Mal partout où il pouvait en partager devrait normalement faire fuir n'importe quel individu normalement constitué », c'est exactement ce que je me dis en lisant l'article. C'est aussi ce que je me suis dit quand j'ai créé la couverture de Sur la Voie, mettre un gros œil dans un triangle, ça allait faire chier le complotiste de base, j'ai gagné !
A bon entendeur.
Frater Seth
