
Contre-Culture et CIA
Infiltrations, complots et manipulations
J'ai dernièrement écris un article sur Patty Hearst et la Symbionese Liberation Army (SLA) où j'avais commencé à parler de travaux de certains chercheurs, comme Lake Headley, qui suggéraient que la SLA était une façade pour le programme CHAOS de la CIA, destiné à infiltrer et discréditer les mouvements radicaux.
On va revenir sur ce point parce que cela mérite un approfondissement et pour ça, on va se baser sur des faits historiques documentés issus d'enquêtes officielles comme le rapport de la Commission Church de 1975 qui a exposé au grand jour le fichage de milliers d'américains par le FBI et la création du programme CONTEILPRO qui avait le même but que le programme CHAOS, de documents déclassifiés de la CIA et du FBI, et de recherches journalistiques solides (notamment le livre Chaos de Tom O'Neill de 2019).
Je ne vais pas dire ici : « Je sais comment ça s'est passé » ce qui serait présomptueux de ma part n'ayant ni vécu à cette époque, ni connu les protagonistes et surtout sachant qu'une grosse partie des dossiers ont été détruits par ces agences en 1973, l'année de ma naissance. C'est d'ailleurs ce que je reproche à beaucoup de complotistes de nos jours n'ayant qu'une connaissance relative du sujet. Parler du MK-Ultra, c'est bien, mais le MK-Ultra sert à quoi au fond ? A programmer des starlettes à chanter des chansons de merde et faire des 666 avec leurs doigts ou faire un œil unique ? Non… Rendre un homme, tueur en série ou tueur d'un président ? C'est déjà plus probable, mais pour quel but final ?
Je vais tenter de donner des pistes de réflexion sur la façon dont la contre-culture des années 60 a été infiltrée par des agences gouvernementales pour pourrir des mouvements qui, à la base, se voulaient émancipatoires.
Comme vous l'avez compris, dans cet article, on va donc parler des programmes MK-Ultra, COINTELPRO et CHAOS mais aussi de figures comme Charles Manson, Lee Harvey Oswald, Timothy Leary et bien d'autres figures de l'époque.
Avant de continuer, je ne suis pas suicidaire, hein… Non, je déconne, ils ont déjà gagné cette partie donc il n'y a plus aucun risque.
Déjà, ce qu'il faut savoir c'est que ces programmes étaient des opérations illégales lancées par la CIA et le FBI dans les années 1950 à 1970 pour manipuler les esprits et neutraliser les opposants perçus comme « subversifs » (communistes, anti-guerre, mouvements noirs, hippies, anarchistes, etc.). Faisons déjà un récapitulatif des différents programmes.
Le MK-Ultra est un programme créé par la CIA et qui a opéré de 1953 à 1973, son but était le contrôle mental via l'utilisation de drogues et en particulier le LSD, l'hypnose, les électrochocs, la métaprogrammation pour créer des « assassins programmés » ou extraire des confessions. Dans les faits, c'est plus de 80 institutions dont des prisons, des universités ou encore des hôpitaux qui ont officié sans consentement, ni du gouvernement, ni des « sujets » d'étude.
Officiellement, le programme a pris fin en en 1973 et les documents ont été détruits, mais 20 000 pages furent déclassifiées en 1977 et révèlent des tests sur des civils, y compris des enfants et des prisonniers.
CONTEILPRO est un programme créé par le FBI et qui a opéré de 1956 à 1971, son but était l'infiltration et la destruction de groupes de gauche et anarchistes (Black Panthers, anti-guerre, MLK, et autres mouvements libertaires) de l'intérieur. Il concerne la surveillance de plus de 2000 groupes ; de faux documents pour semer la discorde (ex. : lettres anonymes pour discréditer les leaders). Il fût exposé en 1971 par des activistes qui volèrent des dossiers FBI.
Le programme CHAOS, quand à lui, est créé par la CIA et a sévit de 1967 à 1974. Il était destiné à l'espionnage domestique illégal sur les mouvements anti-Vietnam et civils (étudiants, hippies, anarchistes, etc.). Comme expliqué plus haut, la Commission Church en 1975 a révélé plus de 300000 fichiers sur 7200 Américains. On notera que comme CONTEILPRO il y eu une infiltration de groupes comme les Black Panthers et des liens avec MK-Ultra peuvent être fait dans la mesure où il y avait des tests de drogues sur des « sujets » dans ces milieux.
Ce qu'on peut déjà noter c'est que ces agences gouvernementales, bien que séparées et en « compétition » notamment au niveau de leurs influences et pouvoirs, ont travaillé sur des sujets similaires avec des méthodes proches.
Pour résumer, le MK-Ultra fournit les outils psychologiques (dont le LSD pour « dissocier » les personnalités ou encore la métaprogrammation pour modifier la conscience), là où COINTELPRO et CHAOS les appliquent sur le terrain pour discréditer la contre-culture des années 1960, vue comme une menace soviétique ou cubaine. Alors, quand aujourd'hui, j'entends certains branleurs qui pensent encore que l'origine du mal c'est la contre-culture qui a perverti les masses, comme dirait feu Coluche : « Je me maaaarrrre... ». Ces mêmes personnes montrent justement que les opérations des agences gouvernementales ont fonctionnées, les complotistes modernes ne faisant que valider le résultat souhaité : La contre-culture c'est le mal. Tout en oubliant comment les opérations COINTELPRO et CHAOS ont opéré en parallèle pour monter l'opinion public contre ces courants jusqu'à nos jours.
Je ne dis pas, par-là, qu'une partie de la contre-culture, des mouvements hippies et d'autres groupes communistes de l'époque, n'étaient pas gangrénés par une idéologie jusqu'au-boutiste dont nous avons récupéré les fruits pourris jusqu'à nos jours. Il est néanmoins notable que certaines grosses figures médiatisées de l'époque avaient des accointances avec les agences gouvernementales ou à minima avaient été manipulées par elles dans un seul but de rejet du mouvement hippie par le peuple.
On va commencer par Timothy Leary, professeur de psychologie à Harvard, qui est devenu le grand gourou du LSD et a découvert les psychédéliques grâce à Sidney Gottlieb, chimiste enrôlé par la CIA pour son expertise dans les poisons afin de travailler sur les projets BLUEBIRD et ARTICHOKE (sur les techniques d'interrogatoire et la manipulation mentale) et finalement directeur du projet MK-Ultra.
Comme tous les gens dont on va parler, Leary n'avait jamais entendu parler de Gottlieb, car il vivait dans une invisibilité totale. L'intérêt de Leary pour les drogues psychédéliques a donc été éveillé par un article paru dans le magazine Life en 1957. Il y était question d'un couple d'Américains partis au Mexique qui avait découvert les champignons magiques et expérimenté des hallucinations. En tant que psychologue et chercheur, Leary était fasciné par les effets des hallucinogènes. Il s'est donc rendu au Mexique et, avant même d'essayer le LSD, il a commencé par tester ces champignons magiques.
Ce qu'il ignorait, et n'avait aucun moyen de savoir, c'est que l'expédition au Mexique qui a donné lieu à l'article du magazine Life était financée par Sidney Gottlieb et la CIA. Cela faisait partie de ses efforts pour tester toutes sortes de substances, y compris des substances naturelles comme des arbustes, des arbres, des écorces, des champignons, des morceaux de poissons et d'animaux, comme outils potentiels de contrôle mental. Il n'est donc pas surprenant que Timothy Leary ait déclaré plus tard que le mouvement LSD avait été lancé par la CIA. S'il avait été plus avisé, il aurait affirmé qu'il avait été fondé par la CIA et, en particulier, par Sidney Gottlieb.
C'est en 1960 que Leary lance le projet Psilocybin à Harvard, il est financé indirectement par des fonds CIA via des fondations comme la Geschickter Fund, ce qui rend opaque à Leary la provenance réelle de ces fonds. Il admettra en 1983 que ses recherches étaient liées à des fonds gouvernementaux sans jamais préciser lesquels. Il popularise le LSD avec son mantra « Turn on, tune in, drop out », touchant des millions de jeunes.
Leary dira en 1966 : « Rien de bon ne peut arriver avec le LSD s'il est utilisé de manière grossière, ou à des fins de pouvoir ou de manipulation. »
On peut aussi parler d'Allen Ginsberg, poète américain, membre fondateur de la Beat Generation, du mouvement hippie et de la contre-culture américaine, qui a consommé du LSD pour la première fois lors d'une expérience sur le campus de l'université de Stanford. Il a déclaré que l'expérience avait provoqué « une légère paranoïa qui a persisté dans toutes mes expériences sous acide jusqu'au milieu des années 1960, jusqu'à ce que la méditation m'apprenne à la dissiper ».
Il est devenu un fervent défenseur des psychédéliques dans les années 1960 et, après avoir eu vent de soupçons de financement de l'expérience par la CIA, il finit par écrire : « Suis-je, Allen Ginsberg, le produit d'une des expériences de contrôle mental lamentables, malavisées ou triomphalement réussies de la CIA ? »
Dans les liens célèbres, on trouve aussi Ken Kesey, ami de Ginsberg, qui étudia l'écriture créative à l'Université Stanford auprès de certains des auteurs américains les plus célèbres. Au cours de sa deuxième année, il rencontra un jeune étudiant de troisième cycle nommé Vik Lovell, étudiant en psychologie, qui lui fit découvrir des expériences impliquant l'utilisation de substances psychotropes menées localement à l'hôpital des vétérans de Menlo Park et qui s'avérèrent faire partie du projet MK-Ultra.
Après avoir servi de sujet volontaire et rémunéré pendant toute la durée des expériences, Kesey a accepté un poste d'infirmier de nuit au service psychiatrique de l'hôpital. Durant les longues heures qui s'écoulaient du crépuscule à l'aube, souvent aidé par des drogues comme le LSD, c'est là qu'il commencera à écrire Vol au-dessus d'un nid de coucou, son œuvre la plus célèbre, inspiré par son travail de l'époque.
A voir sa phrase d'introduction de sa première édition de 1962, il est d'ailleurs à se demander si ce Vik Lovell n'était pas lui-même agent de la CIA : « À Vik Lovell qui m'a dit que les dragons n'existaient pas, puis m'a conduit à leurs repaires... ».
Comme on peut le voir, la CIA n'était jamais très loin des campus des universités américaines et, bien que ne recrutant pas directement, ils utilisaient à leur insu des figures montantes de la contre-culture comme Leary, Kesey, Ginsberg et bien d'autres afin de promouvoir l'usage massif de LSD en espérant pouvoir manipuler les masses.
Car, oui, les expériences avaient des résultats concluant dans des cadres hospitaliers car ils mêlaient différentes méthodes de conditionnements qui influençaient les circuits de conscience comme je l'ai expliqué dans l'article sur Patty Hearst mais pour pouvoir atteindre une population plus large, il fallait une démocratisation du produit et c'est là que leur jouet leur a échappé.
Les milieux hospitaliers utilisaient des doses massives de LSD, bien plus importantes que sur les buvards que les hippies gobaient, et ils n'ont pas tenu compte de ce que disait Paracelse : « Tout est poison, rien n'est poison : seule la dose fait le poison. »
Ce qui aurait donc dû devenir un outil de conditionnement, le soma du « Meilleur des mondes » est devenu un produit qui donnait à une génération de jeunes hommes et femmes, un rejet total de la violence et une sorte d'apathie mystique artificielle, pas facile pour un pays qui cherche de bons petits soldats, consommateurs / producteurs.
Nous avons déjà parlé de Lee Harvey Oswald dans un précédent article mais il est important d'y refaire un passage. Lee Harvey Oswald, le tueur de John Fitzgerald Kennedy, était marine en 1957 à la base d'Atsugi (Japon), l'un des fiefs des expériences MK-Ultra d'après des documents déclassifiés en 2022.
A la même époque, sur la base d'Atsugi, se trouvait aussi Kerry Thornley, une autre figure de la contre-culture américaine ayant co-fondé le mouvement discordien. Thornley avait repéré le comportement instable de son camarade Oswald et avait écrit un roman s'en inspirant qui lui a valu des démêlés judiciaires après l'assassinat de Kennedy. Dans son roman, il prophétisait la désertion d'Oswald, un passage de celui-ci en URSS ainsi que l'assassinat du président Kennedy et tout se passe comme prévu : Oswald apprend le russe (peut-être à l'école de langues de l'armée, liée CIA) et déserte en URSS en 1959 et fini par tuer le président en 1963. Fait intéressant, en 1963, à La Nouvelle-Orléans, Oswald distribue des tracts pro-Cuba et affronte un groupe anti-Castro (DRE), financé par la CIA via l'agent George Joannides (déclassifié en 2025 : la CIA a nié pendant 60 ans tout lien, mais Joannides dirigeait bien l'opération).
La base d'Atsugi créait possiblement des « Manchurian Candidates » (assassins hypnotisés, comme dans le film de 1962), personne ne le saura, néanmoins, ce qui est sûr, c'est que cet assassinat sert CHAOS/COINTELPRO : il discrédite les gauchistes pro-Cuba, justifiant l'escalade au Vietnam.
Autre fait encore plus troublant Louis Jolyon « Jolly » West, un psychiatre financé par la CIA pour le projet MK-Ultra, examinera Jack Ruby, le tueur d'Oswald, en 1964. West affirma que Ruby avait développé un état psychotique aigu qui s'était aggravé et continuerait de le faire. Il suggéra donc que Ruby soit libéré de prison et hospitalisé. West contribua à convaincre le tribunal que Ruby ne devait pas être condamné à mort. Oui, ça fait beaucoup de coïncidences liées à MK-Ultra, j'avoue…
Bon, comme on parle de Jolly West, on va parler de Charles Manson…
Quand Manson est libéré en 1967 contre son gré car il refuse de signer ses papier de sortie. Il atterrit à Haight-Ashbury (San Francisco), épicentre hippie. Là-bas, il fréquente la clinique gratuite Haight-Ashbury (où travaille son officier de probation), dirigée par… roulements de tambours… Louis Jolyon « Jolly » West qui teste de fortes doses de LSD sur des hippies pour étudier le « brainwashing » (des lettres déclassifiées montrent que West est financé par Gottlieb depuis 1953). Manson et sa « famille » y vont 2-3 fois/semaine pour des traitements (MST, grossesses, etc.) mais on sait que Manson a aussi eu des contacts avec Jolly West.
Il est à se demander si Manson y a appris des techniques MK-Ultra (hypnose + LSD) pour contrôler ses adeptes, car il en utilise les méthodes, il les drogue, les isole, et les programme via des rituels (similaire aux tests de West sur la « psychic driving »).
De plus, les meurtres de 1969 de Sharon Tate et du couple LaBianca sont « fabriqués » pour ressembler à une guerre raciale (le Helter Skelter, inspiré des Beatles mais aussi calqué sur des rapports COINTELPRO sur les Black Panthers).
Ces meurtres impliquent des messages antiblancs, et Manson tente de faire accuser les Panthers, ce qui correspond parfaitement aux objectifs du projet CHAOS (infiltrer et instiguer la violence pour discréditer les Noirs et hippies). Par ailleurs, durant le procès, le procureur Bugliosi (qui a écrit Helter Skelter en 1974) cache sciemment les liens qui relient Manson à la CIA et au projet MK-Ultra. Tom O'Neill, un journaliste d'investigation, dans son livre de 2019 le prouve via les documents auxquels il a eu accès grâce au Freedom of Information Act.
Lorsque l'on regarde toutes ces connexions reliées à la fois au projet MK-Ultra, CONTEILPRO et CHAOS, mais aussi les liens via Louis Jolyon « Jolly » West, Sidney Gottlieb ainsi que la CIA avec toutes les grosses affaires ultramédiatisées des années 60, comme l'ont fait des historiens tel que Howard Zinn ou encore des enquêtes comme celle de John Marks (The Search for the « Manchurian Candidate » de 1979), on se rend compte qu'au-delà de théories du complots loufoques qui pullulent sur la toile se cachent des vérités qui, parfois, dérangent les états.
Sans moi-même tomber dans le complotisme le plus crasse, il est à se demander si certains complotistes grand public, de nos jours, ne jouent pas le même rôle qu'ont pu jouer, à leur insu des Leary, Kesey, ou Ginsberg. C'est-à-dire proliférer des théories fabriquées de toute pièce par des agences gouvernementales pour discréditer tout chercheur de vérité.
Afin de faire le lien entre les méthodes, on pourrait par exemple s'attarder sur une théorie du complot comme le Pizzagate, de ses liens avec l'affaire Epstein et des emails plus qu'étranges de John Podesta tout en se demandant l'influence que ces affaires avaient eu dans le monde médiatique.
D'où provenait les sources qui étaient révélées dans l'affaire du Pizzagate ? Comment, le 4 décembre 2016, Edgar Maddison Welch a pu se retrouver dans la pizzeria muni d'un fusil d'assaut AR-15 ? Pourquoi certaines figures ont été éclaboussées par le scandale et pas d'autres ? Epstein servait-il de fusible ? Etc.
Parce que le résultat est le même qu'avec des programmes comme CONTEILPRO et CHAOS, de nombreux médias occidentaux ont pointé du doigt cette théorie du complot et ses conséquences dramatiques, tout en mettant l'accent sur les « incohérences » de la théorie mais en omettant sciemment les zones troubles de l'affaire. Finalité ? La censure s'est durcie, les lois contre les fake-news se sont multipliées et les fact-checkers ont fleuris, tout discours alternatif est devenu une potentielle fausse information.
Sauf, qu'il y bien eu arrestation d'Epstein par la suite, alors que pendant la prolifération de la théorie du Pizzagate, les journaux de vols du Lolita Express avaient déjà été partagés et qu'ils avaient été balayé d'un revers de main jusqu'à refaire surface, cette fois-ci, par les médias officiels après la mort d'Epstein.
Bien sûr, je ne fais que spéculer en émettant cette hypothèse qui voudrait qu'il y ait parfois des contre-feux montés de toutes pièces par les gouvernements en laissant fuiter quelques informations bien choisies afin de diriger les yeux des complotistes à l'opposé de ce qui se passe vraiment en coulisse mais souvenons nous de ces sages paroles de Robert Anton Wilson que j'ai déjà cité : « Tous ceux qui ont déjà travaillé pour une entreprise savent que les entreprises conspirent tout le temps. Les politiciens conspirent tout le temps, les trafiquants de cannabis conspirent pour ne pas se faire prendre par les flics, le monde est plein de conspirations. La conspiration est un comportement naturel des primates. »
Nous finirons par une autre touche de contre-culture en parlant un peu de Wilson. Dans Prometheus Rising, il explique comment le cerveau peut être conditionné par des institutions (gouvernement, religion), mais aussi déconditionné par des pratiques comme le LSD ou la méditation. Il enseigne des techniques pour « hacker » son propre esprit, ce qui va directement à l'encontre de l'objectif de MK-Ultra : contrôler les individus, contrairement à ce que voudraient nous faire croire une certaine frange du complotisme chrétien actuel. Par exemple, il encourage à « changer de tunnel de réalité » pour échapper aux manipulations psychologiques.
D'ailleurs, là où le programme MK-Ultra utilise le LSD pour asservir, Wilson le présente comme un outil d'émancipation. Son scepticisme radical avec son « Je ne crois rien, mais j'ai beaucoup de soupçons. » désarme les techniques de propagande ou de lavage de cerveau, car il pousse à questionner toute autorité, y compris celle de la CIA.
Dans Illuminatus!, Wilson parodie les théories du complot, montrant comment elles peuvent être des outils de désinformation. Il suggère que les « Illuminati » (métaphore des élites) manipulent via la peur et la division avec un écho direct aux techniques de COINTELPRO (comme les lettres anonymes pour diviser MLK et ses alliés). En ridiculisant ces mécanismes, Wilson expose leur absurdité et encourage à ne pas tomber dans le piège de la paranoïa. En promouvant l'autonomie intellectuelle et l'humour face aux structures de pouvoir, Wilson sape les efforts de COINTELPRO/CHAOS pour semer la méfiance. Son message sous-jacent étant : « Ne te laisse pas manipuler par la peur ou les récits officiels. »
Comme Leary, il utilise des psychédéliques, mais avec une différence : il insiste sur leur usage conscient et non dogmatique. Dans Cosmic Trigger (1977), il raconte ses expériences avec le LSD, mais toujours avec un regard critique, évitant le prosélytisme de Leary. Il voit la contre-culture comme un espace de liberté, mais avertit contre son instrumentalisation.
Wilson transforme un outil de MK-Ultra, le LSD, en un moyen de libérer l'esprit, subvertissant l'objectif initial de la CIA. Il rejette par ailleurs les leaders charismatiques et se méfie des gourous comme Manson. Et bien qu'étant une connaissance de Leary en ayant rendu accessible ses travaux sur les 8 circuits de conscience, il garde une certaine distance par rapport au personnage.
Cet typologie de personnes rend ses idées difficiles à infiltrer pour CHAOS, qui ciblait les figures centralisées (ex. : MLK, Fred Hampton).
En conclusion, les travaux de Robert Anton Wilson vont à l'encontre de MK-Ultra, COINTELPRO et CHAOS, de manière indirecte et philosophique. En promouvant le scepticisme, l'autonomie mentale et la déconstruction des récits de pouvoir, il offre un antidote aux techniques de manipulation de ces programmes. Là où la CIA et le FBI cherchaient à contrôler et diviser, Wilson encourageait à penser librement et à rire des « conspirations ». Son message, bien que non militant, était une menace pour ces programmes, car il donnait aux individus les outils pour résister au conditionnement.
L'Amour est la Loi, l'Amour sous la Volonté.
Frater Seth
